La pornographie s’est glissée dans la vie intime de la plupart des couples, qu’on le veuille ou non. Entre les vidéos qui circulent sur les réseaux, les sites spécialisés et les fantasmes que ça nourrit, c’est un sujet qui peut autant exciter que mettre mal à l’aise. Pourtant, en parler à deux peut devenir une vraie opportunité pour renforcer sa complicité, à condition d’y aller avec tact, écoute et respect.
Dans cet article, je te propose d’explorer comment aborder la pornographie dans le couple sans gêne inutile, sans jugement, et sans mettre en péril la confiance. Au contraire : on va voir comment s’en servir comme point de départ pour mieux se connaître, mieux communiquer… et parfois mieux jouir.
Pourquoi la pornographie est un sujet sensible dans le couple
Avant de savoir comment en parler, il est important de comprendre pourquoi ce sujet peut être aussi délicat. La pornographie touche directement à des zones très intimes : le désir, la fidélité, l’estime de soi, mais aussi les normes sexuelles et les fantasmes qu’on se permet (ou pas).
Dans un couple, la pornographie peut réveiller :
- Des peurs : “Est-ce que je ne lui suffis pas ?”, “Est-ce qu’il ou elle préfère ces corps-là au mien ?”, “Et si la pornographie remplaçait notre sexualité ?”
- Des comparaisons : aux acteurs, aux performances, aux pratiques montrées à l’écran.
- Des jugements moraux : “C’est sale”, “C’est dégradant”, “Regarder du porno, c’est trahir”.
Pourtant, la pornographie est, pour beaucoup, un espace de curiosité sexuelle et de fantasmes. Le problème n’est pas forcément le fait d’en regarder, mais plutôt le silence, le secret, le manque de cadre et de dialogue. C’est là que les malentendus s’installent.
Clarifier sa propre relation à la pornographie avant d’en parler
Avant d’ouvrir la discussion avec ton ou ta partenaire, il est utile de faire un petit point honnête avec toi-même. Tu ne pourras pas échanger sereinement si tu n’es pas au clair sur ce que tu ressens.
Pose-toi quelques questions :
- Est-ce que je regarde de la pornographie ? Si oui, à quelle fréquence ? Seul·e ou parfois à deux ?
- Qu’est-ce que ça m’apporte vraiment : excitation, détente, inspiration, simple habitude, échappatoire ?
- Est-ce que certains contenus me mettent mal à l’aise, même si je les regarde ?
- Est-ce que je culpabilise après avoir regardé du porno ? Pourquoi ?
- Est-ce que j’ai peur d’en parler à mon/ma partenaire, et qu’est-ce qui se cache derrière cette peur ?
Ce petit travail intérieur n’est pas là pour te juger mais pour t’aider à parler en ton nom, plutôt que de réagir uniquement aux comportements de l’autre. Tu pourras ainsi dire “Voilà comment moi je vis les choses” au lieu de “Tu fais ça, donc…”. C’est beaucoup moins agressif et plus propice à une discussion adulte.
Choisir le bon moment et le bon cadre
Aborder la pornographie un soir où tu viens de surprendre ton partenaire devant un site X ou au milieu d’une dispute sur la sexualité, c’est le meilleur moyen que la conversation parte en vrille.
Pour que l’échange soit constructif :
- Choisis un moment calme, sans urgence, où vous n’êtes ni pressés ni épuisés.
- Évite la chambre juste avant un rapport sexuel. La pression de “performer” risque de parasiter la discussion.
- Annonce l’intention : tu peux prévenir ton/ta partenaire que tu aimerais parler d’un sujet intime, sans dramatiser : “J’aimerais qu’on discute de notre rapport à la pornographie, parce que ça m’interroge et j’ai envie qu’on soit à l’aise avec ça tous les deux.”
Ça permet de poser le cadre : l’objectif est d’échanger, pas d’accuser. Le ton compte autant que les mots.
Comment ouvrir la conversation sans créer de malaise
Le malaise vient souvent de la peur d’être jugé, d’être pris en défaut ou d’être rejeté. L’idée est donc de formuler les choses de façon douce, honnête et non accusatrice.
Quelques pistes de formulations possibles :
- “Je me pose des questions sur la pornographie en ce moment, et j’aimerais bien savoir comment toi, tu vois ça.”
- “Je me demande si tu en regardes parfois, et ce que ça représente pour toi. Est-ce que tu te sentirais ok d’en parler avec moi ?”
- “Il m’est arrivé d’en regarder, et je me demande si ça te mettrait mal à l’aise ou si on pourrait en discuter.”
Ce type de phrase met l’accent sur l’échange, pas sur une enquête ou un interrogatoire. Il est essentiel de laisser à l’autre une porte de sortie : tout le monde n’est pas prêt à tout dire d’entrée de jeu, surtout sur un sujet aussi intime.
Éviter les pièges : jugement, comparaison, pression
Pour que la conversation ne devienne pas toxique, il y a quelques écueils à éviter.
- Ne pas comparer : “Elles sont plus sexy que moi”, “Il est plus performant que toi”… La pornographie est une mise en scène avec ses codes, ses angles, son montage. Se comparer à des acteurs porno revient un peu à se comparer à un film retouché pour juger sa vie quotidienne. Ça ne tient pas debout.
- Ne pas humilier : se moquer de ce que l’autre regarde, hausser les sourcils, dire “c’est dégueulasse” ou “tu es bizarre” risque de verrouiller totalement la communication. Même si un contenu te surprend, tu peux le dire sans rabaisser l’autre.
- Ne pas faire de chantage : “Si tu regardes du porno, c’est que tu ne m’aimes pas vraiment”, “Tu dois arrêter sinon…” La pression ne règle pas le fond du problème, elle le déplace simplement vers la peur de perdre l’autre.
La clé, c’est de rester sur l’expression de tes ressentis, sans définir l’autre par ses pratiques. Tu peux par exemple dire : “Quand je sais que tu regardes beaucoup de porno, je me sens insécure et je me demande si je te plais encore. J’aimerais qu’on en parle” plutôt que “Tu es accro au porno, tu me manques de respect”.
Parler des aspects santé et des risques sans dramatiser
La pornographie n’est pas neutre, ni psychologiquement, ni dans la façon dont elle peut influencer la sexualité réelle. Sans tomber dans la diabolisation, il est utile de parler aussi des impacts sur la santé sexuelle et mentale.
Quelques points à aborder ensemble :
- Les attentes irréalistes : taille des sexes, durée des rapports, fréquence de l’orgasme, réactions du corps… Se nourrir uniquement de porno peut créer des normes impossibles à atteindre dans la vraie vie, ce qui nuit à la confiance et au plaisir.
- La dépendance ou l’usage compulsif : si l’un de vous a l’impression de ne plus pouvoir se masturber sans porno, d’y passer beaucoup de temps au détriment de la relation ou d’y penser sans cesse, c’est un signal à prendre en compte. Ce n’est pas une honte, mais ça peut valoir le coup de se faire aider.
- L’image des femmes, des hommes, des corps : certains contenus véhiculent des rapports de domination, de violence ou des stéréotypes très marqués. C’est sain d’en parler à deux : “Est-ce que ce que je regarde correspond à ce que je veux vraiment vivre ?”
Là encore, l’idée n’est pas de culpabiliser l’un ou l’autre, mais de réfléchir ensemble à un usage plus conscient et respectueux de soi et de l’autre.
Ouvrir la porte aux fantasmes partagés… ou pas
La pornographie, pour beaucoup de couples, peut aussi être un point d’entrée pour parler de fantasmes. Pas forcément pour tout reproduire dans le lit, mais pour comprendre ce qui excite chacun.
Tu peux par exemple demander :
- “Qu’est-ce qui t’attire dans ce que tu regardes ? La situation ? Le rythme ? Le type de relation ?”
- “Est-ce qu’il y a des choses que tu as vues dans du porno et que tu aimerais (ou pas) essayer dans la vraie vie ?”
Important : un fantasme ne doit jamais devenir une obligation. On peut avoir envie de regarder quelque chose à l’écran sans vouloir du tout le vivre concrètement. Le couple peut donc très bien :
- Garder certains fantasmes comme de simples scénarios imaginaires,
- En explorer d’autres ensemble, en posant des limites claires et un consentement mutuel,
- Décider que certains types de contenus ne sont pas souhaitables car ils mettent l’un de vous trop mal à l’aise.
Ce qui compte, c’est de pouvoir le dire : “Ça m’excite à l’écran, mais je n’ai pas envie de le vivre”, ou “Ça me fait peur”, ou encore “Ça m’intrigue, j’aimerais en parler davantage”.
Se fixer ensemble des règles claires et réalistes
Après avoir parlé, vous pouvez décider de règles qui respectent à la fois la liberté individuelle et la sécurité affective du couple. Ces règles peuvent être ajustées dans le temps.
Par exemple, vous pouvez discuter :
- De la transparence : avez-vous besoin d’en parler à chaque fois, ou juste de savoir que c’est quelque chose qui existe dans la vie de l’autre ?
- De la fréquence : est-ce que l’un de vous souffre de la place que prend la pornographie dans la vie de l’autre ?
- Du fait de regarder parfois ensemble ou de garder ça comme un espace intime et séparé.
- Des types de contenus qui sont acceptables pour vous deux, et de ceux qui posent problème (violence, humiliation, certaines thématiques sensibles).
L’objectif n’est pas de contrôler l’autre, mais de trouver un accord où chacun se sent respecté, en sécurité, tout en conservant son espace intime et sa liberté de fantasmer.
Quand la pornographie devient vraiment un problème
Dans certains cas, la pornographie peut peser lourdement sur la vie de couple :
- Si l’un de vous n’éprouve plus de désir dans la relation mais continue à se masturber avec du porno.
- Si la pornographie devient une source de mensonges répétés, de cachotteries constantes.
- Si l’usage est vécu comme compulsif, accompagné de détresse, de honte et de perte de contrôle.
Dans ces situations, ce n’est pas “juste du porno” : c’est un signe qu’il y a une souffrance, un déséquilibre, parfois une véritable addiction comportementale. Se faire accompagner par un.e sexologue, un.e thérapeute de couple ou un.e psychologue peut alors être d’une grande aide. Ce n’est ni une faiblesse ni une faute, c’est une démarche de soin et de respect de soi… et de la relation.
Transformer un sujet tabou en terrain de confiance
Parler de pornographie dans le couple, ce n’est pas obliger l’autre à tout dévoiler, ni mettre sa sexualité à nu dans les moindres détails. C’est surtout accepter que :
- Chacun a son imaginaire, ses habitudes, ses contradictions.
- On peut ne pas tout partager, mais choisir ce qui peut nourrir la relation au lieu de l’abîmer.
- Le respect, l’écoute et la curiosité bienveillante sont plus puissants que le contrôle ou le silence.
Si tu arrives à installer un espace de parole où la pornographie n’est plus un sujet honteux, mais juste un des éléments de votre vie intime, alors tu ouvres la porte à beaucoup plus : parler du désir, des frustrations, des envies, des peurs… et ça, c’est le cœur de la complicité sexuelle.
À deux, vous pouvez choisir de faire de la pornographie un simple outil (parfois utile, parfois superflu), plutôt qu’une menace silencieuse qui plane entre vous.
Avec tendresse, franchise et une bonne dose de curiosité, ce sujet peut devenir le point de départ d’une sexualité plus libre, plus consciente et plus connectée.
Véro

